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23-12-2025

 

 

Pierre MAUBE

 

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Présentation du dernier livre de Béatrice Balti, une biographie qui se lit comme un roman : « Francis Scott Fitzgerald Entre jazz, gin et schizophrénie »

éditions complicités, 200 p, 22 €.

Francis Scott Fitzgerald, figure flamboyante de la littérature américaine, incarne mieux que quiconque les excès et les illusions des Années folles, ces Roaring Twenties marquées par l’ère du jazz, l’alcool, la fête… et les désillusions. Écrivain prodige, il connaît une célébrité fulgurante avec L’Envers du Paradis, devient une icône de sa génération et forme avec Zelda, sa femme, un couple aussi mythique que tragique. Mais derrière les paillettes de New York, Paris ou Antibes, la réalité se fissure : alcoolisme, dépression, schizophrénie… La parution de Gatsby le Magnifique (1925) marque un tournant : le génie bascule dans l’abîme.

Béatrice Balti livre ici une biographie sensible et éclairante d’un écrivain majeur du XXe siècle, auteur de quatre romans et de plus de 160 nouvelles, aujourd’hui encore étudié dans les lycées américains et les universités du monde entier.

Un livre passionnant qui nous replonge dans l’histoire des USA autour des années 20 et 30 du siècle dernier. Une biographie très documentée et très précise qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page, tellement cette vie exposée est riche et l’écriture fluide. A lire absolument. Une excellente idée de cadeau !

Ce livre fera l’objet de la première émission « Les poètes »de 2026.

***

L’invité de la semaine est le poète Pierre Maubé.

Pierre Maubé est un poète français né le 8 décembre 1962 à Saint-Gaudens(Haute-Garonne), dans une famille franco-italienne. Après des études d’Histoire à Toulouse et Paris, il vit de 1983 à 2011 en région parisienne. Bibliothécaire, il travaille dans divers établissements universitaires parisiens, parmi lesquels la BDIC, l’IUFM de Paris et la bibliothèque Sainte-Barbe, puis dirige de 2011 à 2013 la médiathèque municipale de Pontivy (Morbihan). Il prend en octobre 2013 la direction du Conservatoire de musique Guy Lafitte et de la médiathèque intercommunale de la Communauté de communes du Saint-Gaudinois, puis devient, en octobre 2020, chargé de mission au sein du service culturel de la même Communauté.

Il a publié de nombreux ouvrages dont :

Cette rive, préface d’Estelle Fenzy, éditions Illador, Paris, parution le 15 juin 2025.

Soir venant, préface de Philippe Leuckx, éditions Lieux-Dits, Strasbourg, collection Les Cahiers du Loup bleu, 2025.

Incapable, éditions Les Cahiers des Passerelles, Clermont-Ferrand, 2023.

Étrange suivi de Onze kaddishim pour Rose, éditions Lieux-Dits, Strasbourg, collection Les Cahiers du Loup bleu, 2020.

La Peau de l’ours, préface de Michel Baglin, éditions Au Pont 9, Paris, 2018.

Vivre de faim, éditions numériques Recours au Poème, 2015.

Sel du temps, encres de Maria Desmée, réédité par les éditions Mazette, Yvelines, en 2012 (première édition : éditions Fer de chances, Yvelines, 2002).

Le Dernier loup, préface de Bruno Doucey, éditions Bérénice, Paris, 2010.

Psaume des mousses, éditions Éclats d’encre, Le-Mesnil-le-Roi, Yvelines, 2007.

Nulle part, revue-éditions Friches – Cahiers de Poésie verte, Haute-Vienne, 2006).

La Dernière pluie, préface de Cécile Oumhani, éditions Poésie sur Seine, Saint-Cloud, 1996.

Pure perte, présentation de Christian Bulting, éditions Le Petit Véhicule, Nantes, 1986.

***

Son recueil « Lieux, moments » (éditions Rosemonde 2025) dont il lit des extraits

est dédié à son instituteur René Cassol (1930-2012) auquel il voue une reconnaissance comme Camus à son instituteur Monsieur Germain.

 

Dans l’entretien radiophonique Pierre Maubé se livre richement. Pour lui, le poème transfigure cette chose vacillante qui est notre vie. Ainsi il fait sens à la vie de celui qui l’écrit mais aussi à celui qui le lit ou l’écoute.

Il lit des extraits de son dernier livre Saison Lente proses-poèmes, peintures de Michel Verdet, postface de Michèle Finck, éditions Voix d’Encre, 2025, 108 p, 19 €.

 

Écrits à la deuxième personne, les textes que rassemble ce recueil évoquent ce somnambulisme et cette soif qui sont irréductiblement les nôtres. Ils tentent de restituer un peu de l’humaine condition, entre alchimies intimes et vertige de l’ouvert – au fil d’un parcours, peut-être initiatique, menant du désarroi à l'éblouissement, de la déréliction à la dissolution finale.

 

Du pays minier du Nord aux collines du Tarn, des plaines de l’Anjou aux roches du Vercors en passant par le Massif Central, ce sont les sols et les paysages qui ont formé son imaginaire, qui lui donnent sa palette de couleurs. Michel Verdet vit et peint à Die, dans la Drôme depuis 2005.

Professeure de littérature comparée à l'université de Strasbourg, Michèle Finck a reçu le Prix Apollinaire 2024 pour son recueil "La Voie du large" (éditions Arfuyen).

 

Extraits :

Incertain, failli, quasi personne, quasi rien, désemparé devant la multitude. Pour te connaître, pour connaître l’infini environnant, tu ne disposes que de toi. Avec cela insuffisant, il te faut avancer, tenter de connaitre la chair et l’ampleur du monde.

Tu n’as qu’un peu de conscience, de corps et de temps, tu es ce voyageur dérisoire, agité, immobile, hésitant.

 

Ton nom est Ombre, et Légion est le nom de ce monde.

***

Tu hésites entre deux chemins également déconseillés, tu fredonnes une chanson de pacotille, un refrain sans conséquence vérifiable.

Tu héberges des habitudes dont tu ne sais que faire, des doutes à marée basse, tu marches le long d’un canal de rencontre ou d’un regret désaffecté.

 

Inutile tu vagabondes.

***

L’hiver qui vient laisse son givre sur les ardoises silencieuses, brode ses paroles d’ombre sur tes lèvres. Ton enfance est un somnambulisme sans réveil, elle avance à pas frileux sur la gouttière de tes peurs, ses pieds nus redoutent la chute, ses mains tendues écartent les rideaux de l’avenir, elle refuse de rêver, elle avance immobile et ne s’arrêtera jamais.

Tu es fidèle à tes remords jusque dans tes sourires, ils ont trouvé asile derrière tes regards, ils ont la couleur de cette cendre qui restait dans la cheminée le soir, tu descendais la contempler au milieu des nuits d’insomnie, elle ne te réchauffait pas.

 

Le temps est la trace que laissent sur tes tempes les paysages de l'enfance.

***

Et le vent reprend ses tours, il joue parmi les arbres noirs d'où neige une neige d'étoiles et de nuit. Tu habites un pays de sortilèges blancs, un pays de secrets et de brume, un pays d'errance dans le froid et le vent, tu es citoyen d'un pays de vertige où le vent joue dans la nuit blanche avec des mots de neige bleue, des mots de brume et de mystère, des mots de silence et de froid.

Plus de nom, quel nom était le tien, la nuit avide te fait présent d'une mémoire blanche, ton visage épouse le froid, tes joues se marbrent du sang des premiers soirs, ton souffle sur les doigts ne les réchauffe que le temps qu'il faut à un rêve pour fondre, à un oiseau pour disparaître. Tes souvenirs sont faits de givre, ils vivront jusqu'à l'aube prochaine.

 

Le temps se noie dans le vent et la nuit. Les hauts sapins ont des racines invisibles, leurs ombres tracent sur le sol d’indéchiffrables signes. Tes pas sur la neige nocturne laissent des empreintes que le vent bientôt effacera.

***

 

 

16-12-2025

 

Pierre MAUBE

 

 

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Présentation du livre de poèmes de James Sacré :

« Des objets nous accompagnent (ou l’inverse) »

Presses Universitaires de Rouen et du Havre, 166 p, 13 €

 

Des objets nous accompagnent : ils nous donnent du vocabulaire, nous invitent à fréquenter des dictionnaires et d'autres livres. Il y a leur forme, leurs couleurs, leur matière. Il y a le souvenir de les avoir rencontrés. Ils furent ailleurs dans des histoires de vie que nous ignorons, et les voici maintenant chez nous, devenus familiers tout en restant étrangers souvent, même ceux qui furent les plus intimement liés à la maison d'enfance.

 

Nos mots de leur côté, nos éventuels poèmes, tentent de les accompagner, assez vainement sans doute : tout se passe dans une amitié pour leur plus que probable indifférence.

 

On ne sait plus si les poèmes écrits nous sont donnés par ces objets ou par notre désir d'écrire un poème en les regardant. On finit par ne plus voir qu'un poème : un nouvel objet d'écriture. On peut s'en saisir et recommencer à s'interroger.

James Sacré

 

***

L’invité de la semaine est Pierre Maubé. L’émission du 7 octobre 2025 était consacrée à son livre « Cette rive » et est toujours accessible sur ce site.

Ce poète majeur vit à Saint-Gaudens et est l’auteur de nombreux livres de poèmes dont les derniers :

Cette rive, préface d’Estelle Fenzy, éditions Illador, Paris, 2025.

Soir venant, préface de Philippe Leuckx, éditions Lieux-Dits, Strasbourg, collection Les Cahiers du Loup bleu, 2025.

Incapable, éditions Les Cahiers des Passerelles, Clermont-Ferrand, 2023.

Étrange suivi de Onze kaddishim pour Rose, éditions Lieux-Dits, Strasbourg, collection Les Cahiers du Loup bleu, 2020.

La Peau de l’ours, préface de Michel Baglin, éditions Au Pont 9, Paris, 2018.

 

Il est aussi un passeur de poésie que l’on retrouve dans les revues comme Arpa par exemple.

Il vient parler de ses autres publications et de sa démarche de poète.

Il faut l’écouter s’exprimer sur cette posture toute tendue vers cette finalité de vivre et d’habiter le monde, aussi difficile que ce soit, en homme libre se réalisant par la parole, par la langue, en poète.

« Le poème naît dans la solitude mais s’épanouit dans la rencontre » déclare-t-il. Cette rencontre qu’il recherche par l’observation solitaire où s’engouffre le poème, le lie à l’humanité, à sa finitude mais aussi à l’espoir de trouver la beauté du monde dans un paysage, un geste, une parole. L’autre est toujours présent dans les poèmes de Pierre Maubé. Un poète à lire et à suivre.

 

TOUT UN CHACUN, sept poèmes inédits de Pierre Maubé :

 

Parler à tout le monde, parler de tout le monde, parler pour ne rien dire de sérieux, parler pour ne rien dire d'actuel, parler à contresens, à claire-voie, à clochelune, au hasard des rencontres et des trébuchements, des fantômes de l'aube et des fumées du soir,

Parler à la lisière du silence, être présent aux rendez-vous de chaque instant, de chaque voix, de chaque pas,

Être ce passant inattentif, souriant, maladroit,

Promeneur claudiquant, familier du hasard, voyageur au long cours,

Immobile amoureux de l'errance, fidèle à l'imprévu, silhouette momentanée, marcheur précaire, funambule provisoire,

Errant distrait, reflet lunaire, isolé fraternel, rêveur rêveur rêveur, rêveur résident de ses rêves, voix vacillante, noyée d'ombre,

 

Tout un chacun tout simplement, ami de tous et de chacun.

 

***

Souffle tiède aujourd'hui

Sur l'herbe de ta peau,

Tu fermes les yeux, ton visage

Est un paysage apaisé,

Mais ta mémoire ignore

Les trêves silencieuses,

Et le couteau du temps

Creuse dans ta gorge

Un chemin de murmure et de sang.

***

Le ciel d'automne est gris comme la peur de vivre,

La pluie, quel commode prétexte

Pour ne pas mettre un visage dehors.

Il fait un temps de fièvre lente et de désirs inachevés,

Un temps de regard détourné,

Un temps de nausées invisibles,

Tu vis une vie négligeable.

Tu rêves quelquefois de ton enfance triste,

Tu rêves à ta jeunesse que tu ne regrettes pas,

Tu rêves aux amis disparus, aux amours déchirées, aux bonheurs périssables,

Aux mensonges de chaque jour,

Aux trahisons minuscules,

Aux sincérités inutiles.

 

Il fait un temps de feuilles mortes,

 

Tu n'as pas peur de la mort, tu l'attends sans bouger,

La fatigue est ta fiancée, elle est douce et fidèle.

Il fait un temps de murs très vieux, de fenêtres silencieuses, de rideaux usés,

Un temps de jouets cassés, de lettres perdues, de souvenirs dérisoires.

Tu n'attends rien, peut-être

N'as-tu jamais rien attendu.

Le ciel d'automne est laid comme une fleur noyée,

Tu vis, tu ne sais pas pourquoi tu vis.

***

 

Bavard de bonne volonté,

Tu parles et le souffle te manque,

La nuit autour de toi

Fait la sourde oreille.

Comme il fait froid en ce pays

Où sourit le silence

De toutes ses dents

Couleur de neige.

Ton souffle devient

Une buée hasardeuse

Que tu offres

Au premier flocon venu.

***

 

La marée a toujours raison,

Tant pis pour les châteaux de sable

Et leurs remparts dérisoires,

Le soleil a toujours raison,

Tant pis pour les bonhommes de neige

Et leur blancheur dérisoire,

Le temps a toujours raison,

Tant pis pour nous,

Dérisoires.

***

 

Comment nommer ce vide,

Cette nuit au fond de toi,

Cette caverne

Où volent aveugles

Mille chauves-souris,

Cette source d'eau stagnante,

Ces ténèbres dévorantes,

Cet air irrespirable,

Cet océan aux vagues mortes

Où tant de nuages

Se sont noyés,

Tu ne résistes plus,

Tu ne bouges plus,

Tu descends,

Tu descends

Dans le noir indicible.

***

 

Il ne dort pas, celui qui parle avec la mort,

Et dans ses mots naît la voix lente de la mort,

Il ne meurt pas, celui qui valse avec la mort,

Et dans ses valses vit le masque de la mort,

Il n'est pas mort, celui qui rêve qu'il est mort,

Et dans son rêve peut mourir même la mort.

***

 

 

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